10, avenue des Mimosas - 83530 Agay - France

La série « Plage » m’est venue naturellement. Je vis à Agay (Var) face à la mer. C’est elle qui attire mon oeil dès le lever.  Entre nous deux il y a la plage. La plage, je la vois tous les jours mais la fréquente peu. Je ne sais quelle en fut la raison mais j’ai soudain eu envie de la regarder. Elle est devenue le temps d’un été un formidable territoire d’observation. 

D’abord il y a eu la phase d’observation. Je devais en comprendre le fonctionnement. Les habitudes y sont très codifiées. Elle constitue en quelque sorte une ville sans bâti, un espace à partager ; un espace dense, avec des règles tacites mais pas administrées et qui reste généralement joyeux et sans conflit. 

L’appropriation y est différente selon qu’on soit seul, en couple, en famille ou entre amis et selon l’heure d’arrivée: on se place différemment selon la densité du lieu. Dès l’arrivée sur la plage il est question de l’installation de la serviette. Certains vont délimiter un véritable lieu de vie, d’autres pas. Le lève-tôt choisit le meilleur coin et créent leur espace. On constate alors la création d’une propriété temporaire. Tout nouveau voisin devra respecter une certaine distance pour s’installer. Cette zone de non édificandi diminue avec l’accroissement du nombre d’habitants d’un jour. La zone de propriété demeure la serviette ou l’espace délimité par un groupe de serviettes. Et même lorsque n’y a pratiquement plus d’espace disponible chacun doit pouvoir accéder à la mer et sortir de la plage. 

A priori, à la plage nous sommes tous égaux… mais même en maillot de bain les différences demeurent : La population n’est pas la même selon la plage choisie : le vêtu ou plus exactement le dévêtu ne sera pas le même: maillots de bain, serviettes de marques, sacs de plage… ou pas ;  sandwichs ou restaurant ; tabloïd ou littérature ; serviette ou transats…

De même la plage reste un lieu de mise en scène de soi-même : on ne montre que ce que l’on veut bien montrer : il y a ce qu’on veut qu’on voit et ce que l’on veut cacher ; Les accros du bronzage et ceux qui profitent mais font tout de même attention car « le soleil c’est dangereux », celles qui exhibent leurs dernières prothèses mammaires, ceux qui montrent leurs muscles et les complexés qui se camouflent… Enfin il y a les sans gêne… Les heures de fréquentations sont aussi des marqueurs de différences. L’ordre et le désordre se côtoient sans heurts. 

Il existe une multitude d’autres règles mais mon propos est ailleurs : C’est une réflexion sur l’appropriation de l’espace. J’ai voulu rentrer dans l’intimité de la plage, retrouver les rythmes, les couleurs, l’ordre (ou le désordre), les matières, les textures, les motifs ou les compositions improbables. Le tout douché par la lumière et les ombres franches du littoral azuréen. Alors, durant tout l’été 2016, j’ai photographié les plages selon un protocole simple mais précis : Boitier (Hasselblad 500C) –  un seul objectif (Zeiss 150 mm) / La captation doit être rapide pour garder une objectivité et ne pas paraître intrusif / L’humain est proscrit / Pourtant on entre dans l’intimité de chacun. Gros plans, détails, plans plus larges: c’est tenter de montrer comment l’espace s’organise. Les photographies ont été  prises sur plusieurs plages et à toutes heures de la journée : Réunir Cannes, Agay, Fréjus, Saint-Tropez en un ensemble c’est avoir une vision globale : les plages deviennent La Plage car si chaque photo doit exister par et pour elle-même, elles doivent s’inscrire dans une série ; c’est la variété qui donne son sens à ce projet.

Un moment d’insouciance dans une période morose. On est juste là pour passer du bon temps, ensemble. Ma plage idéale. OFI

© Olivier Felix Isselin Photography.


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